Les murs à pêches de Montreuil, mémoire vivante de la culture fruitière en banlieue parisienne
Sur les hauteurs de Montreuil, aux portes de Paris, des murs de plâtre captent encore la lumière. Ce sont les murs à pêches, dispositifs uniques conçus dès 1650 pour créer des microclimats propices à la culture fruitière. Leur principe est d’une simplicité ingénieuse : orientés plein sud, enduits d’un plâtre à base de gypse local, ils emmagasinent la chaleur le jour et la restituent la nuit. L’écart de température pouvait atteindre +12 °C, assez pour acclimater la pêche dans la banlieue parisienne.
La toponymie raconte cette histoire locale. Une plaque rue Girardot rappelle Étienne Girardot, mousquetaire devenu jardinier, initiateur de la tradition. Plus bas, la rue de Rosny lie le Bas et le Haut Montreuil, où se lisent encore des poulies d’atelier sur des façades d’anciens horticulteurs. Au tournant du XVIIIe siècle, jusqu’à 600 familles sur 800 vivaient de ces vergers organisés en enclos, avec des arbres palissés en éventail contre les parois.
L’ampleur a longtemps impressionné : environ 300 km de murs, parfois comptés 600 km si l’on additionne les deux faces, dessinaient un véritable labyrinthe. À leur apogée, les vergers de la commune ont produit près de 12 millions de pêches par an et plus de 400 variétés. La renommée dépassa le périphérique : Zola y fait allusion, les fruits figurent à l’Exposition universelle de 1900, et même Walt Disney vient y jeter un œil curieux. Un « murs-pêche », devenu marque à part entière.
La réussite tient à deux ressorts. D’abord la géographie : un plateau bien exposé, des pentes protégeant du vent, la présence de rus comme celui qui a nommé l’Impasse du Gobétue. Ensuite la géologie : des carrières de gypse fournissaient un plâtre très thermique et une argile lourde retenant l’eau. La proximité de Vincennes et de la capitale garantissait des débouchés solvables à une époque où le transport frigorifique n’existait pas. La pêche était un luxe, son prix finançait murs et main-d’œuvre.
Dans ce décor, l’entretien du plâtre reste un savoir-faire à part. Les enduits blanchis demandent des soins réguliers, un nettoyage doux et des reprises localisées. Pour les curieux de techniques domestiques, un éclairage pratique sur l’entretien des parois trouve un écho dans ce guide très lu : astuces pour nettoyer un mur blanc. Sans entrer dans la chimie des mortiers, l’idée centrale reste d’éviter les agressions qui compromettent l’inertie thermique des murs.
Le récit local s’inscrit aussi dans un mouvement français de reconversion des patrimoines techniques. Ailleurs, d’anciennes friches sont devenues des lieux culturels, à l’image d’un espace dijonnais récemment raconté ici : un lieu atypique à Dijon. Ces passerelles montrent comment un patrimoine végétal et des gestes d’ouvriers horticulteurs peuvent nourrir des projets d’agriculture urbaine, d’éducation populaire et de promenade nature.
Pourquoi ces murs fascinent-ils encore en 2025 ? Parce qu’ils offrent une réponse intuitive aux défis d’aujourd’hui : sobriété énergétique, végétation urbaine résiliente, circuits courts et convivialité de quartier. Ils donnent une forme concrète à des ambitions parfois abstraites. À Montreuil, le passé n’est pas qu’un récit ; il sert d’outillage pour réinventer un paysage habitable.
- 🍑 Microclimat : chaleur accumulée et restituée pour la pêche.
- 🧱 Plâtre au gypse : inertie thermique et protection au vent.
- 🧭 Orientation sud : capter un maximum d’ensoleillement.
- 🚶 Proximité de Paris : un marché exigeant et solvable.
- 🌿 Espaliers : arbres palissés pour optimiser la lumière.
| 📅 Repère | 🔎 Fait clé | 📍 Commentaire |
|---|---|---|
| 1650 | Débuts des enclos fruitiers | Premiers tests de mur chauffant |
| 1750 | 600 familles impliquées | Montreuil devient un pôle de culture fruitière 🍑 |
| 1900 | Expo universelle | La pêche de Montreuil gagne en notoriété ✨ |
| 12 M | Production annuelle au pic | Plus de 400 variétés recensées 🌈 |
À retenir : des murs de plâtre et des arbres palissés ont fait d’une commune de la banlieue parisienne un laboratoire climatique avant l’heure.

Gestes d’atelier et espaliers : l’intelligence horticole des murs à pêches
Au-delà des chiffres, le génie de Montreuil se niche dans des gestes patients. Les familles se levaient entre 3 h et 4 h pour « faire le tour » : enlever un fruit sur deux pour grossir les autres, brosser chaque pêche, surveiller les gourmands, réparer les liens de chanvre. La nuit d’orage, les arbres s’habillaient de couvertures. Rien n’était laissé au hasard dans ces jardins clos.
Les fruits étaient ensachés un par un, puis pochoirés à la gélatine pour faire apparaître des motifs à maturité : un art discret qui fabriquait de la rareté. L’argile locale, dure en été et collante au printemps, exigeait une terrine constante du sol. Chaque hiver, hommes et femmes se répartissaient les tâches : taille, nettoyage des murs, désinfection des rameaux, lavage des rubans de maintien.
Espaliers, formes et Jardin-École : un vocabulaire du vivant
Dès 1921, le Jardin-École structure ces savoirs pour former des horticulteurs et expérimenter. On y a palissé des arbres en candélabre, double U, palmette, gobelet, éventail, fusée. Un poirier en candélabre datant de 1920 y vit encore, témoin d’une pédagogie par la pratique. Les mêmes principes inspirent aujourd’hui le jardinage urbain : maximiser la lumière, canaliser la sève, ménager des formes lisibles qui facilitent la récolte.
À qui s’interroge sur les murs eux-mêmes, l’entretien reste une question centrale. Les techniques douces pour la blancheur et la porosité sont détaillées ici : entretenir un enduit clair. Préserver la peau du mur, c’est protéger la ressource thermique qui fait la signature des enclos.
Le récit ne doit pas faire oublier la dimension sociale. L’ethnologue Jacques Brunet a recueilli, à la fin des années 1990, les mémoires d’ouvrières et d’ouvriers, souvent enfants de migrants intérieurs. « On n’avait pas le droit d’être malade », confie l’une. Ces voix disent aussi la fierté d’un geste juste, d’un fruit parfait. Cette exigence, parfois rude, éclaire le rapport au travail dans les périphéries. À l’inverse de certains faits divers qui occupent l’actualité urbaine, comme l’illustre ce reportage sur des tensions à Lille, les murs montreuillois racontent une autre voie : le savoir patient comme outil de dignité.
- 🕰️ Rigueur : lever avant l’aube, gestes répétés et précis.
- 🎯 Palissage : formes lisibles pour guider la sève.
- 🧴 Protection : ensachage, brossage, pochoir à la gélatine.
- 🪵 Entretien : liens textiles lavés, bois désinfecté.
- 📚 Transmission : Jardin-École, démonstrations publiques.
| 🌳 Forme d’espalier | 🎓 Usage | ✅ Bénéfice |
|---|---|---|
| Double U 💠 | Optimiser la surface sur mur | Homogénéité des fruits 🍑 |
| Candélabre 🕯️ | Arbres pédagogiques | Lumière au cœur de la ramure ☀️ |
| Palmette 🖐️ | Longs murs continus | Circulation d’air améliorée 🌬️ |
| Gobelet 🍷 | Petites parcelles | Récolte aisée 👌 |
Idée à retenir : des formes simples, répétées avec constance, transforment un mur en véritable capteur solaire vivant.
Déclin, luttes et renaissance citoyenne : protéger un patrimoine végétal unique
Le milieu du XXe siècle sonne la bascule. Le rail apporte des pêches méditerranéennes meilleur marché, puis la serre industrialise la production. En 1969, le déménagement du marché de gros parisien vers Rungis éloigne les débouchés : pour les producteurs qui partaient à l’aube vendre à Les Halles, l’impact est décisif. Les enclos perdent de leur utilité, des familles renoncent et les sols se dégradent.
Dans les années 1990, le réveil s’organise. Des associations – dont Murs à Pêches (MAP) dès 1994 – fédèrent habitants, jardiniers et chercheurs. Elles sauvent progressivement 8,5 hectares d’enclos, rouvrent des sentes, défrichent, réparent, documentent. La Fédération des Murs à Pêches lance chaque début juin un festival qui soutient les chantiers et rassemble un public curieux. Le site se dote d’un sentier de biodiversité où l’on observe oiseaux, insectes et plantes spontanées au creux des murgers.
La reconquête n’est pas linéaire. Des trous percés dans les murs pour faire passer des caravanes dans les années d’abandon, des pollutions, des pressions foncières, tout cela laisse des cicatrices. Pourtant, la vitalité associative surprend : visites guidées, ateliers d’initiation, ressourceries végétales, dialogues avec la ville pour sanctuariser des parcelles. À l’adresse Impasse du Gobétue, une oasis de calme rappelle l’ancien ruisseau et ses usages ménagers d’autrefois.
Alliances locales et réinvention du lieu
Le mouvement montreuillois s’inscrit dans une tendance plus vaste de rénovation par le bas. L’exemple d’un équipement culturel réinventé dans une autre métropole inspire des parallèles, comme dans ce portrait : un lieu unique réinvesti à Dijon. À Montreuil, ce sont des jardins partagés, des actions de permaculture et des ateliers d’agriculture urbaine qui occupent la scène, avec des fêtes populaires qui redonnent de la chair à la banlieue parisienne.
Préserver les murs, c’est aussi cultiver l’art modeste de l’entretien. Les méthodes de remise en état des enduits sont proches de celles recommandées pour nos intérieurs, comme le rappelle cette ressource pratique : comment raviver un mur blanchi. Les bénévoles y mêlent techniques anciennes et matériaux actuels, en respectant la respiration du plâtre au gypse.
- 🛠️ Chantiers participatifs : réparations de murs, tailles collectives.
- 🌱 Sentier de biodiversité : inventaires, nichoirs, hôtels à insectes.
- 🎪 Festival de juin : levée de fonds, visites, concerts.
- 📚 Transmission : archives, expositions, témoignages.
- 🤝 Partenariats : écoles, centres sociaux, maraîchers urbains.
| ⚠️ Menace | 🔧 Réponse locale | 🎯 Effet |
|---|---|---|
| Pression immobilière 🧱 | Classement et plaidoyer | Parcelles préservées 🌳 |
| Pollutions 🧪 | Phytoremédiation et suivi | Sol plus sain 🌿 |
| Murs dégradés 🧩 | Chantiers MAP | Continuité thermique retrouvée ☀️ |
| Oubli des gestes 📉 | Ateliers et guides | Compétences transmises 📚 |
Le message clé : la sauvegarde tient à une alliance durable entre habitants, savoir-faire et institutions.

Jardinage urbain et climat : ce que les murs à pêches enseignent aux villes
Les enclos montreuillois sont plus qu’un passé horticole : ils composent un manuel grandeur nature pour la ville qui change. Dans un contexte de réchauffement et de canicules, l’inertie d’un mur bien orienté, associée à la végétation urbaine, devient une solution frugale. À l’échelle d’un immeuble, un palissage de fruitiers en éventail sur mur blanc réduit l’îlot de chaleur et nourrit le pied d’immeuble. À l’échelle d’un quartier, des linéaires plantés créent des couloirs de fraîcheur.
Des associations locales testent des protocoles simples : murs blanchis à la chaux, gouttières récupératrices d’eau, espaliers diversifiés, paillages épais pour contrer l’argile imperméable en été. Les familles viennent apprendre à greffer, à tailler au bon œil et à valoriser les sous-produits (compost, BRF). En 2025, plusieurs écoles de l’Est parisien passent une demi-journée aux murs pour des ateliers sur la biodiversité et les sols.
Conseils pour répliquer les microclimats chez soi
Sans disposer d’un enclos entier, chacun peut s’inspirer. Un mur clair propre et poreux favorise l’accumulation de chaleur : ce petit guide est utile pour l’entretien courant : nettoyer un mur blanc. Avec des fils en tension et des attaches souples, un pêcher, un poirier ou un figuier se palissent facilement. On veille à une irrigation sobre, à une taille qui ouvre la ramure et à un paillage pour garder l’humidité.
Sur le plan social, ces aménagements créent du lien. Le partage d’outils, les goûters de récolte et les bourses aux greffons tissent des échanges à rebours des discours anxiogènes. À l’échelle du pays, d’autres villes ont aussi réinventé des héritages en lieux d’expériences ; cet exemple en Bourgogne illustre ce mouvement fertile : un espace réinventé à Dijon. Quand la rue devient atelier, la ville respire autrement.
- 🌡️ Mur clair : capte et diffuse la chaleur.
- 🪢 Attaches souples : respectent la croissance.
- 💧 Récupération d’eau : arroser sans gaspiller.
- 🍂 Paillage : sol frais, vie microbienne active.
- 👨👩👧 Ateliers : transmettre les bons gestes.
| 🧪 Principe | 🛠️ Mise en œuvre | 💡 Astuce |
|---|---|---|
| Inertie thermique ☀️ | Mur enduit de chaux | Entretenir régulièrement la blancheur |
| Palissage 🌿 | Fils inox et agrafes | Formes en éventail ou U pour la lumière |
| Économie d’eau 💧 | Goutte-à-goutte | Ajout de compost et BRF pour l’humidité |
| Biodiversité 🐝 | Haies, nichoirs | Floraisons étalées sur la saison |
En bref : une façade bien pensée devient une ressource climatique et sociale, au croisement du beau et de l’utile.
Itinéraire de visite, adresses et bonnes pratiques pour explorer les murs à pêches
Un parcours à pied raconte à lui seul quatre siècles d’expérimentations. Il commence rue Girardot, se prolonge rue de Rosny et grimpe vers le plateau. Le secteur du Impasse du Gobétue dévoile une parenthèse de verdure, avec des murs qui gardent les cicatrices du temps. Plus haut, la zone des 37 hectares préservés ouvre des passages entre enclos, où les associations animent ateliers et démonstrations.
Le Jardin-École vaut une halte prolongée pour son petit musée d’outils, ses médailles, ses vitrines sur les pochoirs et l’ensachage. À proximité, au 3 rue Danton, les 400 négatifs retrouvés par Jacques Brunet documentent les métiers d’avant 1914. En remontant vers la rue Saint-Antoine, un jardin remarquable au n° 60 rappelle le dernier basculement vers la fleur coupée, où Geneviève Pouplier a travaillé jusqu’en 2003. Le parcours peut se conclure par le Parc des Beaumonts, calme belvédère sur la ville.
Conseils pratiques pour une balade réussie
Les allées étant parfois étroites, on choisit de bonnes chaussures et on respecte les parcelles privées. La haute saison des floraisons et des ateliers se situe entre avril et juin, avec un pic début juin lors du festival. Une gourde et un chapeau sont bienvenus en été, car les murs reflètent la chaleur. Pour préparer la visite, une recherche vidéo aide à visualiser les lieux avant de s’y rendre.
Un mot sur les usages : ne pas grimper, ne pas cueillir sans autorisation, éviter les produits agressifs sur les murs. La logique reste celle du soin : comme on entretient chez soi une paroi, on ménage ces surfaces historiques, en privilégiant l’eau claire et des gestes doux. Voir aussi ce rappel pratique : bonnes pratiques de nettoyage. À ceux qui souhaitent prolonger l’exploration de la fabrique urbaine par d’autres récits, ce détour culturel offre des parallèles stimulants : initiative culturelle à Dijon. Et pour prendre de la mesure sur les défis contemporains de nos périphéries, un autre reportage éclaire l’arrière-plan social : chroniques d’une métropole sous tension.
- 🗺️ Parcours : Girardot → Rosny → Impasse du Gobétue → Saint-Antoine.
- 📆 Périodes : avril-juin pour floraisons et festival.
- 👟 Équipement : chaussures fermées, eau, chapeau.
- 🤫 Respect : pas de cueillette, rester sur les sentes.
- 🎓 Apprendre : s’inscrire à une visite commentée.
| 🕒 Temps | 📍 Étape | 👀 À voir |
|---|---|---|
| 30 min | Rue Girardot | Plaque historique, anciennes maisons 🏠 |
| 45 min | Impasse du Gobétue | Enclos, murmure du ruisseau 🌊 |
| 60 min | Jardin-École | Musée, espaliers vivants 🌳 |
| 30 min | Saint-Antoine n°60 | Jardin remarquable, palissages ✨ |
Fil conducteur de la balade : laisser parler les murs, écouter ce qu’ils disent des saisons, des métiers et des voisinages qui font la ville.
Où se situent exactement les principaux murs à pêches à Montreuil ?
Le cœur du site se trouve sur le plateau du Haut-Montreuil, autour de la rue de Saint-Antoine, de l’Impasse du Gobétue (93100) et du secteur du Jardin-École. Les accès se font à pied par des sentes entre enclos, parfois étroites.
Quelle est la meilleure période pour visiter ?
D’avril à juin : floraisons, tailles de printemps, et festival de début juin organisé par la Fédération des Murs à Pêches. En été, privilégiez les matinées pour la fraîcheur.
Peut-on encore voir des pêchers palissés et des pochoirs ?
Oui, des arbres palissés sont visibles dans plusieurs enclos et au Jardin-École. Les techniques d’ensachage et de pochoir sont parfois montrées en démonstration lors d’ateliers.
Comment soutenir la préservation du site ?
En participant aux chantiers associatifs, en faisant un don pendant le festival de juin, ou en relayant les visites guidées. L’entretien des enduits et la replantation demandent des moyens et des bras.
Peut-on reproduire ce modèle chez soi ?
Sur un mur bien orienté, un palissage en éventail avec arrosage économe et paillage donne déjà d’excellents résultats. Un mur clair entretenu, comme expliqué dans un guide de nettoyage, améliore l’inertie thermique.
Né à Saint-Denis, Karim donne la parole à la banlieue avec authenticité. Il met en avant les projets citoyens, les initiatives sociales et les voix souvent ignorées du Grand Paris.

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